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La machine de Turing : la critique des Lycéens de Supervielle

Les élèves de l'atelier critique théâtrale du lycée Jules Supervielle reviennent avec leur deuxième retour critique sur un spectacle : La Machine de Turing. Ce spectacle se penche sur le destin d'Alan Turing, mathématicien de génie qui a œuvré dans l'ombre pour décoder les messages secrets échangés par les Allemands pendant la Seconde Guerre mondiale. Une prouesse qui aurait contribué à écourter de plusieurs années la guerre... Place à la critique des lycéens !


La Machine de Turing est une pièce de théâtre  écrite par Benoît Soles, mise en scène par Tristan Petitgirard et interprétée par les acteurs de la compagnie Théâtre actuel. Cette pièce présente 4 personnages : Alan Turing, joué par Matyas Simon, et trois autres personnages incarnés par un même comédien : Gregory Benchenafi. L’atelier théâtre du lycée Jules Supervielle a eu le plaisir d’assister à cette représentation le 9 janvier 2024 à l’Espace Jéliote.



La machine de Turing © Fabienne Rappeneau



Le spectacle débute par l’ouverture du rideau. Un écran apparaît, sur lequel est projetée une séquence d’images intrigantes, accompagnées d’une musique mystérieuse, qui captive le spectateur et le plonge directement dans l’atmosphère envoûtante de la pièce. Plusieurs photographies en noir et blanc fractionnent l’écran : des soldats, Adolf Hitler, des formules mathématiques. Alors qu’une image colorée de Blanche Neige apparaît, une silhouette se dessine devant l’écran. Un homme s’avance, s’assied, et commence : « C’est l’histoire d’un homme qui court... ».

Les décors sont simples mais efficaces afin de situer le cadre de chaque scène. La vidéo-projection omniprésente en arrière-plan nous donne à voir tantôt la machine créée par Turing, tantôt figure de simples étagères. La scène est ainsi divisée en plusieurs espaces où se trouvent des accessoires utiles pour chaque action, permettant là aussi une grande efficacité dramaturgique.

Nous étions assis assez loin, aussi certains d’entre nous ont mis du temps à remarquer que Gregory Benchenafi jouait plusieurs personnages : le policier, l’amant et le mathématicien joueur d’échecs.

Cette confusion est compréhensible car les personnages se succèdent avec rythme, dans un étourdissant (et déstabilisant) ballet d’analepses et de prolepses. L’ordre du récit est sans cesse perturbé volontairement et l’excellent jeu d’acteur de Matyas Simon et Gregory Benchenafi ne peut que davantage nous surprendre et nous fasciner. Nous pouvons distinguer plusieurs lignes temporelles qui s’enchevêtrent : la nôtre, servant de cadre au récit, où les comédiens s’adressent directement à nous, mais également la ligne temporelle située après-guerre où un policier l’accuse d’homosexualité - événement qui donnera lieu enfin au troisième fil narratif, retraçant le récit de son enfance par exemple.


La machine de Turing © Fabienne Rappeneau


Mais cette pièce n’est-elle pas faite pour interpeller le spectateur ? Pour le déstabiliser dans ses convictions et l’inviter à la réflexion, pour qu’il s’attache au personnage de Turing et qu’il soit en mesure de voir l’injustice de sa mort, peut-être aussi pour qu’il se sente coupable. En effet, Turing s’est probablement suicidé suite à un lourd traitement hormonal supposé le « guérir » de son homosexualité selon les normes de l’époque. Turing, qui contribuait, grâce à son génie mathématique, à aider un gouvernement et à faire progresser toute une société, a vu ceux-ci se retourner contre lui et le condamner injustement. Or, nous pressentons bien que le principal but de la pièce est là, Benoit Solès veut nous sensibiliser à cette cause. Cela peut en partie s’opposer au film Imitation Game (Netflix) qui montre bien moins cet aspect de la vie de Turing.

Benoît Solès a également souligné l’aspect « génie incompris » de Turing, mais avec un tendre humour. Matyas Simon a très bien su rendre la maladresse du personnage, son bégaiement, ses traits d’humour si particuliers qui en font un être à part. Ces notes comiques rares mais présentes autant que précieuses nous ont faire sourire et nous ont permis de nous attacher plus encore à ce personnage original et passionnant – un attachement qui ne rend que plus dure la chute finale.

 

Le récit de la vie de Turing permet en effet à Benoit Solès de nous donner à voir ce personnage héroïque tout en nous rappelant notre propre histoire, évoquant nos normes ou plutôt celles de nos prédécesseurs qui ont conduit à la mort de ce remarquable personnage. La Machine de Turing restera à nos yeux une pièce de théâtre inoubliable et sa fin surprenante, un clin d’œil émouvant à notre époque moderne.

 

Nous souhaiterions enfin remercier les personnes qui nous ont accompagnées dans l’étude de ce spectacle, l’équipe de l’Espace Jéliote et en particulier Sophie Cardassay, et bien entendu nos formidables professeurs Mmes Pérès et Lacroix !


Les élèves de l’atelier critique théâtrale du lycée Jules Supervielle

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